mercredi 23 décembre 2020

Hiver!

 De gros nuages noirs glissent dans le ciel, ils tutoient les arbres, la cime de ceux-ci ploie comme ne pouvant supporter le poids de cette masse aqueuse. Parfois le vent balaie ces nues pour découvrir une voute blanche, alors la clarté intensifie le jour, laissant espérer un bout de ciel bleu percé d'un doux rayon de soleil.

Henriette, à sa fenêtre regarde l’hiver arriver. Des hivers elle en a vécu beaucoup, plus qu’il n’en faut, se dit-elle. Je suis entrée profondément dans l’hiver de mon existence pense-t-elle dans un soupir. Elle déclare à qui veut l’entendre que sa place n’est plus ici ; Pourtant elle s’accroche à la vie.

Henriette est d’humeur joyeuse ce matin, demain c’est la Noël et la famille va arriver. Un moment de bonheur. Ces enfants aiment à se retrouver autour d’une table bien garnie, « c’est de moi qu’ils tiennent cela ! ». Aujourd’hui ce n’est pas elle qui va faire le repas elle est trop faible. Paulette est là pour la remplacer. Paulette est la bonne, bonne à tout faire : le ménage, la lessive, le repassage mais aussi les soins du corps d’Henriette et le social avec ses rapports sur la vie de la commune. « C’est mon couteau suisse ! » rigole Henriette qui ne manque pas d’ironie. Elle ne le dit pas à Paulette car celle-ci va croire qu’elle perd la tête. Paulette ne comprend pas le second degré, pour elle la vie est simple, il n’y a pas deux façons de dire les choses. Paulette n’est pas très instruite et pourtant avec ce qu’elle sait faire elle pourrait en remontrer à beaucoup. L’expérience est la meilleure des formations.

Alors Paulette fait la cuisine, pas son meilleur savoir grommelle Henriette qui, d’un bond sort de son fauteuil, elle a senti une odeur de brulé. Avançant lentement avec ses béquilles elle tance Paulette qui lit le journal à la table de la cuisine.  -  vous ne sentez pas que ça brûle ?  - Vous inquiétez pas ! Ça cuit ! - ça ne cuit pas! ça brule !   déclare Henriette en soulevant le couvercle. Je veux que cela soit parfait déclare–t’elle en retournant à son fauteuil.

Henriette, son hiver, elle l’a connu en Février 46. La guerre finie, une vie agréable se dessinait, amoureuse de son Gaston, elle prévoyait des jours heureux avec lui et ses enfants. Ce jour là Gaston était parti dans la forêt avec son cheval et son tombereau. Gaston voulu enlever une pierre sous la roue quand le chien aboya sur un lapin, le cheval prenant peur fit un écart. La roue écrasa la tête de Gaston. C’est Fernand qui trouva Gaston sous la charrette et c’est lui qui vint annoncer le drame à Henriette lui creusant une crevasse à jamais dans le cœur. Henriette vit avec cette plaie depuis. Elle s’habilla de noir, couleur qu’elle ne quittera plus. Les gens étaient attachés, liés à leur amour à l’époque et rien, pas même la mort, ne pouvait rompre ce lien. Elle se consacra à ses enfants qui devaient affronter la vie, ce fut dur mais Henriette est contente du résultat. Ses fils ont su trouver le bonheur.

Alors Henriette guette le chemin par sa fenêtre, ce cadre qui lui sert de vue sur le monde extérieur. Malgré le ciel noir et bas, une lueur brille dans ses yeux. Cette lueur est son Noël, elle est impatiente de voir la voiture pointer son nez au détour du chemin.

Alors le temps sera au beau jusqu'à la fin de la semaine.

lundi 20 juillet 2020

Mélancolie

En errant, flânant sur Youtube
je suis tombé sur cette chanson : "Melancholy Man" des Moody Blues. Pour ceux qui connaissent.
https://www.youtube.com/watch?v=tYIYIVG64C4&list=RDtYIYIVG64C4&start_radio=1

Une espèce de mélancolie m'enlace, m’envahit. Je me souviens des moments de spleen et cette chanson reflète bien ces instants.

Je fais partie de cette génération. Je passais mon temps libre à écouter ces gens : Led Zeppelin, Uriah Heep,  Who, CCR, CSN&Y, Pink Floyd et plein d'autres.
Bien sûr, beaucoup sont retraités, bien que Mick Jagger et les Rolling Stones roulent toujours, pour ne pas amasser mousse.  Les groupes ont bien traversé ces temps apparemment, on peut en voir pas mal encore sur Youtube. Ceux cités plus haut dont j’ai encore les LP’s

J'étais jeune à l'époque et je me suis formé avec leur musique, leurs envolées de guitare, leurs gesticulations sur scène, ils étaient libres, cassant le carcan qu’on faisait porter aux jeunes.
Un monde créatif et décalé, à la croisée des chemins, un monde charnière entre le temps de la guerre et celui d'un capitalisme pur et dur.

Que sont devenus ces gens pleins de rêves, pleins d'utopie? Ces gens de Woodstock, de l'ile de Wight.  Ces jeunes avec des fleurs dans les cheveux, révolution pacifique, changement de monde.
Ces jeunes qui manifestaient contre la guerre du Vietnam, guerre créée de toutes pièces par les Etats-Unis.

Un monde plein d'espoir!

Les spectateurs des énormes festivals des années 60/70, eux, ont plié bagages et sont rentrés dans le monde qu'on leur dessinait, leur destinait. Ils sont rentrés dans le rang.
Peut-on les imaginer ouvriers, banquiers, traders, chefs d'entreprise maintenant?
Est-ce eux qui ont fait le monde dans lequel je vis là?

Il y a en a beaucoup qui sont devenus junkie aussi.
Un écrivain dans un livre émettait l’hypothèse que la CIA, voyant ce mouvement de pacifistes s'étendre, aurait "arrosé" le pays de LSD pour les transformer en loque. Ouais, je sais, théorie du complot mais ils ont fait bien pire que ça; alors...
Dire que c'est la théorie du complot est une parade pour ne pas avoir à argumenter du contraire.

Maintenant ils élisent Trump et portent des armes à feu.
Ils se bourrent de Mac Do et deviennent obèses.
Ils ont envoyés leurs enfants à la guerre d’Irak et d’Afghanistan. Le "Peace and Love" d'hier est devenu "War and Hate".
Le capitalisme a tout récupéré.

Mélancolie ou plutôt nostalgie, la mélancolie est définie comme une maladie. En cette période de confinement la nostalgie peut nous habiter quelque fois.
Voilà ce matin j'étais mélancolique, nostalgique en faisant ce voyage dans les années 60 début 70 sur le net avec le Moody Blues.

vendredi 29 mai 2020

Le cheval qui courait sur un tapis!

Le rayon de soleil vient taper à la vitre sale du hangar. Il suit sa course jusqu’à frapper l’œil de l’animal à l’intérieur.

Dans ce qui lui sert d’écurie, le cheval s’ébroue doucement, comme pour chasser les démons de la nuit. D’un pas lent il se dirige vers la barrière de son enclos.

Tous les matins c’est le même rituel, le cheval guette le chemin, il sait que son maître va venir, il l’aperçoit à une centaine de mètres, hennit pour l’encourager. Son maître, Maurice, il le reconnaîtrait entre mille.

Lorsque je passe devant son territoire, il vient me voir, parfois il n’est pas d’humeur, il me snobe. Je lui donne de temps en temps un quignon de pain, là, les caresses ne l’intéressent plus, il esquive ma main d’un air de dire « donne moi ton pain ! ». Je suis fier car quand je passe au loin il hennit pour me dire bonjour, j’ai remarqué qu’il ne le fait pas avec d’autres personnes.

Ce n’est rien à comparer de la fête qu’il réserve à son maître, j’en suis jaloux, l’autre matin je passais en même temps que son propriétaire il m’a ignoré d’une façon scandaleuse ; réservant ses hennissements et ses cabrioles à Maurice.

Les jours défilent tranquillement, et le passage des gens égaie les journées de l’animal.  Son maître le met parfois dans un champ plus loin et je sens que le cheval n’est pas heureux alors je fais un effort pour lui rendre visite.  

Maurice tombe malade et ne peut plus s’occuper de l’animal. Le cheval attend, tous les matins,  un maître qui ne viendra plus. L’ainé de Maurice décide de le vendre car personne n’aura le temps de s’en occuper. On met une photo de l’animal sur internet.

Un matin d’hiver, une grosse voiture noire avec un van vient le chercher, le cheval ne comprend pas  ce qui lui arrive, lui qui n’a jamais quitter le village.

J’ai appris qu’il était dans une propriété d’un riche banquier, celui-ci l’a acheté sur un coup de tête pour le monter. Comme de toutes choses le banquier s’en fatigue et l’oublie. Pas tout à fait, car ce dernier a l’idée farfelue d’embaucher un lad et d’acheter un tapis roulant pour chevaux.  Il souhaite que le cheval soit en forme le jour où, peut être, il aura le temps de le monter.

Depuis,  tous les matins,  à l’heure où Maurice venait lui donner son blé, le cheval est attaché à une barre de fer, le tapis se met à rouler et l’animal est obligé de suivre le rythme sous le regard complice du lad.

Plus jamais, le cheval ne verra la vie du petit village, il ne courra plus dans le pré pour venir goûter mon pain. Il est devenu l’objet d’un homme qui croit qu’on peut tout s’acheter.

Il est victime de la bêtise du millionnaire.  

* L'histoire du tapis est réelle, elle est racontée par l'écrivain Joseph Incardona dans l'émission "La grande librairie"

mercredi 18 mars 2020

Une nuit en l'attendant

La nuit enveloppe les bâtiments d’un voile soyeux. Elle aplanit les laideurs du jour, pensais-je! La nuit pénètre par la fenêtre et envahit lentement la chambre ou je suis. Allongé sur un matelas à même le sol je la regarde progresser lentement sur le plafond. Avec elle le silence se fait tout doucement ponctué  seulement de quelques bips qu’égrènent les machines. Les bruits de la journée sont devenus plus rares, plus feutrés. La chambre plonge dans une torpeur. Le  noir est troué de lumières vertes et bleues qui jouent sur les murs des ombres féériques. Je saisi l’instant presque magique mais je ne suis pas seul dans cette chambre.

Sur un lit, un enfant est étendu sur le dos, il ne bouge pas, on n’entend pas son souffle, il est de marbre.

Je suis là, à l’hôpital, car le médecin m’a dit ce soir que mon fils ne passerait peut être pas la nuit, une dose de chimio trop forte et la petite usine chimique de son corps s’est mise à s’emballer; c’est comme une réaction nucléaire en chaine qu’on n’arriverait plus à contrôler. C’est l’image que je m’en fais car le toubib y est allé de ses grands mots savants mais j’aime traduire pour avoir une image contrôlable, elle.

Je l’attends ! C’est la nuit qu’elle arrive.

La porte s’entrouvre, je fais semblant de dormir pour ne pas déranger l’infirmière de nuit. Elle s’affaire deux ou trois minutes autour du lit puis ne l’entendant plus je risque un œil, je la vois de dos elle est agenouillée devant mon fils et elle prie. « Quelle force dans sa croyance me dis-je ! » dans ce lieu où des enfants souffrent où quelques-uns meurent aussi, comment peut-on croire encore à une quelconque force supérieure. Cette croyance je la respecte, je connais la personne c’est une seconde mère pour tous ces enfants qui dorment loin de leur foyer. C'est une sainte! J’aimais la voir le soir quand je laissais mon fils seul la nuit; je savais qu’elle s’en occuperait bien. Des larmes me viennent à la voir là. Je l’aurais embrassée pour l’instant d’amour qu’elle donne.
Elle sort.
Je reste pétrifié sur mon matelas.

Je l’attends ! Faut pas que je m’endorme

Dans quel monde suis-je en ce moment, un monde qui peut basculer d’un instant à l’autre, je guette le son de la machine qui va déchirer ce calme pour nous dire « c’est fini ! ». Ces robots faits de clignotants, de chiffres et de bruitages paraissent les seuls choses vivantes. Ces machines relient l’enfant à une vie artificielle et guettent elles aussi les réactions du corps pour nous alerter le cas échéant.
Cela fait des mois que cette chambre est notre seconde maison. Nous y passons une partie de notre temps, nous y mangeons, parlons, rions, pleurons, jouons… enfin nous y vivons. Des jours d’espoirs, de victoires, d’autres de défaites et de souffrances. Allez dans un hôpital d’enfant! Vous prendrez une leçon d’optimisme. Les enfants y sont souvent plus forts que nous adultes; ce sont eux qui nous soutiennent. J'y ai connu des héros de la vie  même si l’innocence de l’enfance leur manquera toujours quelque part.

Je la guette! Elle et sa faux.

C'est étrange de voir un enfant, si vivant, rester allongé sur le dos sans aucun signe qui peut nous laisser espérer. Un instant j’ai l’impression qu’il en a eu marre, qu’il se laisse partir, abrégeant ses souffrances. J’ai peur aussi qu’il veuille abréger les nôtres. Je voudrais lui dire, avant, combien j’ai aimé notre combat ensemble que, si j’ai désespéré parfois ce n’est pas à cause de lui, c’était une faiblesse de ma part. J’aimerais lui dire et lui dis que j’ai tant de choses à vivre avec lui avant qu’il s’en aille; qu’il ne peut pas partir comme cela, même s’il veut faire un bras d’honneur à la vie qu’on lui inflige. Que peut être le combat en vaut encore la peine. 
J’essaie de m’en persuader.  

Elle est là! Je la sens.

Parfois je crois sentir son souffle mais ce n’est que l'air du climatiseur. Mes paupières s’alourdissent, les minutes, les heures défilent à un rythme défiant la tortue de la fable. Une lueur me semble-t-il dans le ciel; La clarté chasse la nuit et ses ombres; enfin le matin va apparaitre, je me lève et m’approche de mon enfant il est toujours là avec nous.

Elle n’est pas venue !

Cette nuit nous aurons gagné, mais combien de nuit tiendrons-nous ?

Deux jours plus tard  alors que je veillais mon fils, j’ai repéré un petit battement de cil. Je lui ai parlé, j’ai décidé de mettre le CD de Balavoine qu'il adorait,  j'ai fredonné comme on  faisait ensemble et il a émis quelques sons, c'est ainsi qu'il s'est réveillé.

La vie, en suspend jusque là, recommençait.

lundi 20 janvier 2020

Le Blues

Assis au comptoir, devant mon verre, j’écoute le blues sur l’écran. Le barman est fan, la sono est bonne.

La guitare pleure ses riffs, elle laisse éclater sa douleur. Le chanteur enchaine et suinte sa mélodie.
L’instant est triste mais poignant, magique. On laisse une mélancolie  nous sortir des tripes. Une mélancolie optimiste dans le sens où elle va chercher au plus profond de nous même, jusqu’à devenir jouissance.

Le chanteur* enchaine sur un solo, grimaçant sur  chaque accord prolongé, vivant sa musique, son instrument n’est que partie de son corps. On s’envole transporté  par ses rythmes.

Je ne connais pas ce type qui chante au Royal Albert Hall, quelle maitrise. Il a 3 cuivres avec lui, deux batteurs, 3 choristes, un clavier, lui, sa guitare et sa voix. Tout cela est bien huilé. Youtube nous permet d’assister au concert. Les spectateurs, anglais, sont assis bien sagement dans leur fauteuil.

A coté de moi une fille, sacrément roulée, se trémousse en communion avec l’artiste, je me pense « quelle aura ces chanteurs ! Ils tiennent en haleine des milliers de gens en font rêver plus encore ! ».
Ma voisine m’ignore, elle est scotchée à l’écran. « Il faut que je me mette à la guitare y a pas moyen ! » Mais la communion est là et la jeune femme s’approche de moi en reculant pour venir se frotter doucement ; je soupire d’aisance essayant de capter ce moment que je sais furtif.

Les habitués sont silencieux, vivant l’instant. Un frisson passe dans la salle venant lier d’une même émotion toute l'assistance. Il n’y a que la musique, enfin l’art, pour arriver à cette communion.

Le type sur scène est en transe, sa veste de costume est trempée, sa rage toujours intacte, Après chaque solo il se rapproche du micro, arc-boutant ses épaules et donnant des coup de tête au  rythme de la batterie; tel un type possédé.

Le blues chante et pleure la vie.



*Joe Bonamassa - "Happier Times" - Live From The Royal Albert Hall


mercredi 1 janvier 2020

Flânerie

Ce matin je prends le métro pour aller au travail.

Comme tous les matins d’ailleurs. Je n’ose compter combien de fois je l’ai fait, cela me donne le vertige d’y penser; d’ailleurs combien de fois faudra-t-il le faire pour arriver à la retraite?

Je préfère partir plus tôt pour être tranquille, sinon c’est la cohue on est pressé dans les deux sens du terme ; des odeurs mélangées vous soulèvent  le cœur, l’estomac se rappelle à vous d’avoir avalé trop vite votre déjeuner.

Le métro vous endort, vous y rentrez en pleine forme, vous en sortez comme dans un rêve. Pour cette raison, j’aime sortir deux ou trois stations avant mon terminus  afin de parcourir le restant du voyage à l’air libre, libre de mes mouvements, libre de mes pensées. Je me rappelle d’une époque où j’allais à pied au travail, deux kilomètres à parcourir et l’impression d’être reconnu sur mon parcours par les commerçants et habitués. Là, le métro est la promiscuité avec l’anonymat. Je regarde pourtant les usagers et en reconnait quelques uns, parfois je vole un sourire à quelqu’un qui, surpris, se réfugie dans son journal.

Il m’est arrivé de penser descendre à une station au hasard et passer la journée à flâner et  visiter ce qu’il y a là-haut. Mais le travail m’appelle et il faut bosser, mon éducation, notre éducation, dés l’école, est faite pour cela. On ne peut penser une vie sans travail ; moi, ado, j’y pensais.
A la question :
« Que veux-tu faire comme métier ? »
Poli, je répondais :
« Je ne sais encore ! » Mais pensais :
« Rien ! Pourquoi faudrait-il passer sa vie à travailler? »

Enfin comme dirait ma mère « tu ne connais pas ta chance d’avoir du travail ! ». Le monde à été conçu par des gens hautement placés qui nous utilisent comme puissance et force de rentabilité.  Ma chance à moi est que j’ai réussi à trouver un emploi intéressant. Quand je regarde mes compatriotes de voyage sous-terrain je ne vois pas, chez certains, l’enthousiasme sur leur visage qu’ils devraient avoir pour entamer une journée de leur vie.

Oui, je pense aller flâner de temps en temps comme, en marche vers l’école, traversant la campagne, il me prenait l’idée saugrenue et interdite de prendre un chemin de traverse et glaner des instants bucoliques.  Je me serais allongé dans l'herbe, à regarder le ciel bleu sillonné par le vol saccadé des hirondelles. J'aurais vu cette coccinelle gravir un long brin d'herbe et se noyer dans une goutte de rosée restée là comme par miracle. Sentir l'herbe fraiche en écoutant le ramage amoureux des oiseaux ; jusqu'à ce qu'une vache, plus curieuse que les autres, vienne me sentir de son museau mouillé et m'oblige à me lever. A l’époque, je ne l’ai jamais fait, l’éducation encore, l’école buissonnière c’est pour les cancres !

Maintenant mon errance se passe dans ma tète,  il m’est arrivé de laisser passer ma station d’arrivée. Ici dans la ville il n’aurait pas été question de champ et d’herbe. Tant de chose, pourtant à faire, visiter musées et rues, s’asseoir à une terrasse de café et pour le coup rire des gens pressés. Se reposer dans un square où les enfants s’ébattent dans un bac à sable ; un de ces enfants vous invitant à participer en vous tendant sa petite pelle. Il y aurait aussi les oiseaux dans les arbres qui discutent et me rappellent ma campagne, mais là, aucune vache ne viendrait me sortir de mes pensées.

Le son strident du métro me rappelle à la réalité, je descends de la rame pour suivre le flot des moutons.

Ce n’est pas encore aujourd’hui que je transgresserai l’ordre établi des choses. 

Nostalgie

Il se lève ce matin, la tête bourdonnant des climatiseurs et épurateurs d'air qui ronronnent sans arrêt, le retenant à cette vie préca...